La bonne question. Riche en fibres, en vitamines et minéraux, la consommation de fruits au repas suscite des débats. Doit-on les éviter ou les intégrer à notre assiette ? Faisons le point avec des spécialistes.
En fin de repas, il est courant d'opter pour un dessert, et dans un souci de santé, les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) encouragent à choisir un fruit plutôt qu'une pâtisserie. Mais est-ce vraiment un choix judicieux sur le plan digestif ? Les fruits deviennent-ils problématiques lorsqu'ils sont consommés avec d'autres aliments ? Explorons cette question.
Des fruits à table : bénéfices ou risques ?
Fruits comme la fraise ou la grenade sont présentés dans d'innombrables études comme essentiels à notre santé, apportant vitamines et antioxydants, tout en facilitant le transit intestinal. Cependant, Olivier Panisset, naturopathe, met en garde : "Si un fruit est consommé avec d'autres aliments riches en protéines et en féculents, son assimilation peut prendre plusieurs heures, entraînant potentiellement des fermentations et des ballonnements".
Ce point de vue est toutefois contesté par de nombreux experts. Serge Hercberg, épidémiologiste et professeur à Paris XIII, confirme qu'aucune étude ne corrobore cette théorie. L'estomac, dit-il, fonctionne comme un mélangeur, et contenus solides et liquides se digèrent sans problèmes. Le Dr Jean-Michel Lecerf, médecin nutritionniste, ajoute qu'associer fruits et autres aliments peut même optimiser l'absorption des nutriments.
"L'exemple classique est celui des tomates, dont les caroténoïdes sont mieux assimilés en présence de lipides, comme l'huile d'olive," souligne-t-il.
À l'écoute de son corps
Certains patients rapportent des malaises après avoir consommé des fruits en repas, comme des gaz ou des ballonnements. Ces désagréments peuvent être liés à des conditions médicales telles que le syndrome du côlon irritable, selon le Dr Lecerf. Parfois, ces ressentis peuvent également être influencés par le psychisme. "Un discours négatif autour d'un aliment peut provoquer des sensations réelles, un effet connu sous le nom d'effet nocebo," explique le Dr Lecerf. La meilleure approche reste d'écouter son corps et d'ajuster ses choix alimentaires en conséquence.
Modération et équilibre
Bien que l'adage veuille que consommer une pomme par jour éloigne le médecin, attention à l'excès, particulièrement pour les personnes souffrant de reflux gastriques. Le PNNS recommande de consommer 5 portions de fruits et légumes par jour, mais il est essentiel de ne pas dépasser cela. Une grande pomme pourrait facilement aller au-delà de la portion recommandée. De plus, transformer des fruits en jus peut augmenter la consommation de sucre tout en diminuant les fibres nécessaires à la régulation du glucose sanguin, met en garde Panisset.
Pour pallier ce risque, le Dr Lecerf suggère de commencer le repas par un fruit. Cela pourrait non seulement aider à contrôler l'appétit, mais également inciter à une plus grande consommation de fruits. Cela dit, il est vrai que dans une culture où les desserts sucrés prédominent, commencer par un fruit peut sembler atypique. Malgré tout, l'essentiel est de trouver du plaisir dans la consommation de fruits, peu importe le moment de la journée, conclut Serge Hercberg.
(1) Le Dr Jean-Michel Lecerf est l’auteur de Connaître son cerveau pour mieux manger, 192 pages, 18 €, Éditions Belin.







